dimanche, juillet 03, 2005

Werchter 2005, jour 4

Réveil un peu brutal en ce dernier jour de festival. Le soleil frappe, la tente chauffe, et je me réveille tôt. Telle est la vie de festivalier. La météo idéale n'existe pas. Le soleil tant désiré est un ennemi dès qu'il apparaît. Il fera 30° à l'ombre aujourd'hui. Seul problème, il n'y a pas d'ombre.

Le démontage de tente est une vraie corvée, mais la libération lorsque les sacs sont dans le coffre de la voiture et le soulagement de profiter de quelques minutes à l'ombre d'un arbre dans le parking lorsque le soleil frappe fort à midi sont tels que ça restera un bon souvenir, finalement.

La quatrième journée d'un festival, on est dans le même état que le coma de la troisième journée, mais à un degré supérieur ce qui fait qu'on ne se rend même plus compte qu'on est crevé, qu'on a mal partout, et que la nourriture est plus que douteuse. La foule invincible est devenue un ensemble uniforme de zombies résignés à marcher dans le mélange d'urine, d'excrément, de vomi, de boue, de bière qui trône dans la zone des toilettes. L'odeur nauséabonde de bière séchée qui se dégage aux alentours de bars ne dérange plus personne. Tout est sale, l'herbe qui était verte 3 jours plus tôt a complètement disparu. Des millions de détritus jonchent le sol. Le décor est apocalyptique et le festivalier aime ça, c'est signe d'un festival réussi.

3 jours plus tôt, nous étions au milieu d'une foule composées de têtes inconnues. Et en ce dimanche, on a l'impression bizarre de tous les avoir déjà vus.
Les festivaliers d'un jour se repèrent facilement: ce sont les seuls qui ont assez d'énergie pour bouger. Ceux qui sont à Werchter depuis jeudi sont statiques, en position assise ou couchée, attendant fébrilement le moindre soupçon d'énergie.

Une fois la tente rangée dans la voiture, une mission périlleuse nous attendait: trouver de la crème solaire. Et oui, festivaliers expérimentés que nous sommes, nous avons oublié ce bouclier indispensable. Heureusement, le festival est doté d'un petit magasin, où nourriture, boissons et produits d'hygiène sont disponibles. Ce petit magasin est en fait un amas de bâches, la file y dure environ une demie heure, il y fait très très chaud. À noter qu'au milieu du frigo où sont disposés la charcuterie et les produits laitiers se trouve un thermomètre indiquant très fièrement 30°c.
En bons festivaliers résignés que nous sommes, nous avons patiemment attendu, bercés par le bip bip agaçant de la caisse enregistreuse, mais nous avions enfin le lait solaire tant convoité.

Arrivés sur le site du festival, nous nous sommes posés sur la terre torturée de la plaine, enduits de crème solaire et nous avons cuit en espérant voir un nuage se glisser devant notre nouvel ennemi: le soleil brûlant.
Le programme était alléchant. Cette après midi brûlante allait voir défiler entre autres Feeder, Arsenal, Keane, Soulwax, et Queens of the Stone Age.

Une fois cuits à point, arrivait déjà la clôture du festival, par les Foo Fighters et REM.
Ryan Adams ayant annulé, Arno avait la chance de clôturer le programme de la Marquee. Arno, encore un flamand. Énormément de groupes belges étaient programmés à Werchter cette année, mais tous étaient néerlandophones. C'est le second reproche que je pourrai faire à l'organisation. Un peu d'ouverture à la scène belge francophone, en pleine explosion aurait été la bienvenue. L'année passée, les toujours très bons Girls In Hawaii étaient au programme, et le Pukkelpop avait imité son grand frère Werchter en programmant lui aussi Girls In Hawaii et Ghinzu.

Le concert des Foo Fighters était plaisant et a eu le mérite de ressusciter le public. Arrivait le tout dernier groupe : REM.
J'attendais REM avec impatience, ils faisaient partie des groupes que je ne voulais absolument pas rater.

Dès les premières minutes, une évidence: la réalisation vidéo du concert de REM restera elle aussi dans ma mémoire. Absolument magnifique, images fortement contrastées, bicolores, jeux de caméras, effets spéciaux, tout ça en direct, chapeau!
Quelques beaux moments de communion avec le public ont émaillé ce début de concert. Une foule à bout de force qui chante Everybody Hurts, ça donne des frissons...

!!!OPGELET!!! --- WEERBERICHT --- ZWARE REGENS --- VOORZICHT --- NA MIDDENNACHT
Ce message défilant sur les écrans d'information signifiant qu'une grosse averse étant prévue, il signifiait aussi pour moi la fin prématurée du festival. Le parking étant encore boueux le matin, et n'ayant aucune envie de galérer des heures pour en sortir, j'ai décidé à regret de quitter REM, de quitter ma plaine dévastée, de quitter cette foule invincible, d'arrêter la machine à souvenirs, c'était la fin.

Que restera t'il de ce festival? Qu'est ce que la mémoire, si subjective, va retenir? Quels sont les souvenirs de galère qui se transformeront en bons souvenirs? Quels moments magiques resteront vraiment gravés dans la mémoire. Dans un an, que dirais-je de Werchter 2005?

J'avais déjà vu la plupart des têtes d'affiche : Chemical, Faithless, REM, et plus que les concerts, certains souvenirs resteront. Ce sont les galères, l'ambiance, l'état d'esprit, les rires et les délires, les sensations, les petits moments magiques d'échanges entre une idole et ses fans, entre un public et un groupe.

À deux heures du matin, j'étais sous la douche. La première depuis jeudi, j'ai ensuite eu beaucoup de mal à trouver le sommeil, malgré la fatigue. Trop de souvenirs se bousculaient dans ma tête. J'avais échappé à la tempête, tout s'était bien passé. Le retour à la vie normale a été rapide et brutal, extrait d'un monde à part, dans ma bulle, et ramené aux tracasseries quotidiennes par un écran de diodes rouges m'ordonnant de redevenir raisonnable.
Quelques trop petites heures plus tard, le réveil sonnait, il fallait se lever et aller travailler. J'étais étrangement frais, l'esprit vidé, presque reposé, comme à un retour de vacances.
J'étais en vacances, dans ma bulle à moi, nommée festival. Une bulle hors du monde, où un étranger devient un frère d'arme face à une pluie battante.

Cette bulle est indescriptible. Dans une vie antérieure, j'avais écris un article suite au festival de Dour, et je l'avais terminé par ces mots :

Les festivals, ceux qui n'y étaient pas ne peuvent pas comprendre, et ceux qui n'arrivent pas à l'expliquer.

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